Juin 1, 2020 | Anecdotes, Chroniques | 0 commentaires

Souvenirs de nos escales: Une hôtesse de l’air prise aux urgences coréennes

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Ma première année en tant quʼhôtesse de lʼair a été mouvementée, cʼest le moins que lʼon puisse dire.

Jʼai visité des villes nouvelles, jʼai rencontré des centaines de personnes fantastiques, jʼai pleuré et jʼai ri cent fois plus! Au palmarès des anecdotes mémorables se trouve ma visite aux urgences coréennes.

Comment ai-je bien pu me retrouver toute seule dans un hôpital de la Corée du Sud, vous demandez-vous ?

Il faut d’abord comprendre que les horaires décalés, le manque de sommeil, la pauvre hydratation et les repas peu nutritifs peuvent affecter les équipages de cabine rapidement, surtout lors des premiers vols internationaux que lʼon nous assigne alors quʼon tente de trouver un certain équilibre.

Cette journée-là, jʼavais fait un vol Vancouver-Séoul épuisant et mon escale ne mʼavait pas permise de récupérer assez. Jʼétais tout de même prête à attaquer le vol de retour.

Jʼai quitté ma chambre pour me diriger vers lʼascenseur et rejoindre le reste de lʼéquipage au lobby. Les cheveux tirés en un chignon français, le foulard rouge parfaitement noué autour du cou, le veston bien pressé et ma valise à la main.

@photo Canva.Pro

Mon collègue qui logeait au même étage sʼapproche au même moment. Soudainement, mes jambes deviennent molles comme du beurre. Tout est flou. Je mʼécroule. Jʼentends mon collègue paniqué demander de lʼaide. Puis, je suis sur une civière, les lumières industrielles mʼaveuglent et jʼentends plusieurs personnes parler une langue étrangère. Je cherche une voix, un mot, un accent familier. Rien.

Je tente de poser des questions, de mʼexprimer, mais lʼon me pique une aiguille dans le bras. Je suis trop faible pour répliquer. Envoyée du ciel, une petite dame qui accompagnait sa mère pour un examen de routine sʼavance vers moi. Elle parle quelques mots d’anglais.

Je réussis à lui dire que je suis une hôtesse de lʼair canadienne qui nʼa quʼun vague souvenir des évènements qui lʼont mené à cet endroit. Elle discute brièvement avec les réceptionnistes, mʼinforme que je dois présenter une pièce dʼidentité et que la seule qui serait acceptée, compte tenu de ma citoyenneté, serait mon passeport.

À l’hôpital à Séoul

Je reprends tranquillement mes esprits et finis par convaincre lʼun des employés de me laisser utiliser le téléphone. Avec de grands gestes de mains, dʼaide de la charmante dame et quelques larmes, je réussis à parler à un représentant de notre compagnie dʼassurances. On mʼexplique quʼun physicien doit donner son accord pour que je puisse retourner à la maison et quʼil suffit que celui-ci signe un formulaire qui serait envoyé par fax.  Facile, non? Eh bien, pas du tout !

Jʼai passé 48 longues heures aux urgences. On mʼa fait subir trois fois le même rayon x, parce quʼon ne me comprenait pas quand jʼaffirmais aux techniciens que jʼavais déjà passé ces tests et que je tentais simplement de retrouver le chemin vers mon lit dʼhôpital.

On mʼa regardé, confus, quand je brandissais le fameux bout de papier à faire signer. On mʼa fait voir tous les spécialistes du centre de santé. La deuxième journée, en fin de soirée, un jeune médecin étudiant sʼest présenté à moi, EN ANGLAIS !

Jʼétais si soulagée que jʼai éclaté en sanglots. Il a apposé sa signature sur mon billet de sortie puis, jʼai obtenu mon congé. Jʼai remis mon uniforme, que lʼon mʼavait demandé de retirer pour enfiler un « superbe » pyjama au logo de lʼhôpital.

Jʼai voulu récupérer mon passeport à la réception en présentant mon formulaire de congé. On mʼa remis un autre bout de papier avec un montant de 5 000 USD dans le coin inférieur droit. Malaise…

Les gestes, le nom de ma compagnie aérienne et les implorations de me laisser utiliser le téléphone ont fini par mʼaccorder quelques minutes au bout du fil avec un représentant en assistance voyage qui ne parlait quʼanglais.

Jʼai passé le téléphone au réceptionniste. La discussion, ou plutôt lʼéchange de sons, semblait animée. Après plusieurs minutes qui mʼont paru éternelles, il me lança mon passeport à la figure et me chassa hors du bâtiment. Je ne saurai jamais exactement ce qui les a tant choqués, mais chose certaine, je les aurai marqué! Et eux aussi! 

Vous êtes agent de bord? Pilote? Vous avez le goût de partager vos souvenirs à bord ou en escale? Envoyez votre texte à info@lhotessedelair.com

Bon vol! 

Écrit par Amélie Auger

Amélie est une avide voyageuse depuis toujours et agente de bord depuis 5 ans. Amoureuse des mots et des mille et une saveurs culturelles, elle parcourt le monde à la recherche de sa prochaine aventure, son tapis de yoga sous le bras. Ses escales préférées comptent New Delhi, Sydney et la ville de Mexico mais, à ses yeux, il n’y a pas une ville plus envoûtante que Barcelone. Originaire de Montréal et ayant vécu à Paris, elle a élu domicile à Vancouver sur la côte ouest canadienne.

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