Sep 28, 2020 | Chroniques, Portraits | 3 commentaires

Je suis Sarah. J’ai hâte de retrouver mes ailes. Portrait d’une hôtesse de l’air pâtissière.

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Cet article s’inscrit dans une série de Portraits portant sur les membres d’équipage ayant été mis à pied à cause de la pandémie qui affecte grandement le secteur de l’aviation.

Sarah, 35 ans, est agente de bord depuis maintenant treize ans. Treize belles années à voler pour l’étoile bleue que l’on aime tant. Mon premier long courrier c’est avec elle que je l’ai fait. Un 72 h à visiter la ville de Londres. Comme si c’était hier. Elle s’était endormie dans le bus touristique fatiguée du décalage horaire. Depuis avril, tout comme des milliers d’autres membres d’équipage, elle est mise à pied.

Pourtant, Sarah, alias Sarah la Fraise, tiré de son compte Instagram dédié à la confection de gâteaux, jongle bien avec les évènements incertains de la vie. Portrait d’une hôtesse de l’air pâtissière qui souhaite retrouver ses ailes.

Sarah lors de sa graduation d’agent de bord en 2007, accompagnée d’Al Graham, anciennement Président d’Air Transat.

Avant la pandémie, à quoi ressemblait ton métier, tes horaires? 

Après 13 ans à voler, je commençais enfin à avoir de beaux horaires! Je pouvais choisir les destinations que je désirais. Les deux derniers étés par exemple, je les ai passés à Lyon et j’allais marcher souvent au Parc de la Tête d’Or. J’allais aussi à Toulouse où j’aimais courir sur le bord de la Garonne.

Lors d’un voyage à San Sebastian en Espagne.

Lorsque je faisais escale à Paris, je visitais mon amie Claire qui s’est installée en France il y a plus de 10 ans et grâce à mon métier, j’ai pu poursuivre notre relation d’amitié.

Tout allait si bien avant la pandémie…

Sur quelles destinations préférais-tu faire escale et pourquoi?

J’aime beaucoup le Portugal car on mange tellement bien et c’est un pays si charmant. Et il y a aussi le vinho verde que j’adorais prendre en apéritif lorsque l’on rencontrait l’équipage avant le souper.

Bien sûr, l’Italie pour la nourriture. Pâtes fraiches et la gelato!

Escale à Porto, Portugal

J’aime aussi la Grèce! Quand je pouvais y aller plus de 48 h j’allais visiter les îles aux alentours comme l’île d’Hydra qui est d’une beauté époustouflante et facile d’accès depuis Athènes.

Qu’aimais-tu le plus de ton métier?

La découverte de nouveaux horizons, mais aussi de nouvelles connaissances, des journées qui sont rarement les mêmes. Découvrir de nouvelles cultures, le voyage et d’avoir la chance de manger différents plats des autres pays sont pour moi les principaux intérêts pour ce métier.

Ce métier m’a amené à rencontrer mes meilleurs amis, découvrir les plus belles villes du monde et faire de beaux voyages grâce à celui-ci.

J’adorais le mode de vie hors du commun. Je pouvais choisir mes horaires, la routine n’existait pas. Je pouvais voler sur Paris un mois et l’autre sur l’Espagne. Tout était changeant et j’adorais ça!

Avant la pandémie, tu avais déjà commencé à temps perdu à confectionner des gâteaux sur mesure, comment t’es venue cette nouvelle passion?

 

En tant que membre d’équipage, nous sommes souvent partis durant plusieurs jours, mais pour compenser nous bénéficions de longues périodes à la maison. Pendant mes journées de congé, je me suis découvert une passion pour la confection de gâteaux et de cupcakes sur mesure.

Au début, c’était que pour le plaisir, mais rapidement cette activité a pris beaucoup de mon temps et j’adorais cela! J’arrangeais même mes vols pour répondre à la demande de mes clients.

J’ai appris par moi-même en regardant des vidéos sur YouTube! Avec le temps, mon style a évolué et j’ai développé mes propres recettes de gâteaux parfois même véganes pour satisfaire plusieurs clientes.

Je suis fière de mes créations et j’avoue que ça m’aide à m’évader du négatif quand je cuisine.

La majorité des agents de bord commencent tôt à faire ce métier et en font généralement une carrière, cet arrêt brutal nous force à nous réinventer, comment comptes-tu y arriver?

Quand j’ai appris ma mise à pied, j’ai d’abord pris le temps de me reposer. Il faut dire que les derniers jours de mars, j’ai volé au maximum lors les vols de rapatriement. Ce fut anormalement fatigant.

Ensuite, pendant le confinement, mon esprit s’est emballé. Je me suis fait mille et un scénarios sur ce qui allait se passer dans le futur. Allais-je un jour revoler?

Algarve, Portugal

J’ai décidé d’accepter la situation du mieux que je peux. D’user de ma créativité pour passer le temps. J’ai créé plein de chefs d’œuvres!

Maintenant côté emploi, j’ai dû me rediriger vers un domaine qui m’est inconnu, celui de bureau. Un changement plutôt drastique étant donné que le métier d’agent de bord est à l’opposé…

En fait, travailler dans l’aviation nous pousse à porter plusieurs chapeaux alors j’ai plusieurs cordes à mon arc et j’arriverai certainement à relever ce nouveau défi.

Pour toi qu’est ce que la pandémie t’aura appris? 

Les choses évoluaient si rapidement que chaque jour, je me faisais de nouveaux scénarios sur le futur. J’ai appris que je devrais traverser la rivière lorsque je serai arrivée au pont et qu’il ne servait à rien d’angoisser sur des évènements qui ne s’étaient pas encore passés.

Cette phrase:

Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez plus à travailler un seul jour de votre vie.

a pris tout son sens le jour où j’ai dû chercher un nouvel emploi. Je l’avais trouvé ce métier que j’aimais tant.

Que souhaites-tu pour l’avenir de l’aviation et du voyage?

Je souhaite un retour à la normale au plus vite, et ce de façon sécuritaire pour nous tous.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir?

J’espère enfiler mon uniforme à nouveau (et qu’il me fasse encore haha!). De porter fièrement mes ailes pour vous souhaiter la bienvenue à bord.

Et finalement, j’espère retrouver mes collègues dans l’avion et qu’un jour j’ai la chance de me retrouver assise avec eux sur une terrasse à prendre l’apéro.

Qu’on se remémore ces moments difficiles et d’être si heureux de pouvoir à nouveau profiter de cette soirée d’après-vol en famille… car l’aviation est une énorme famille avec qui nous vivons des moments inoubliables.

Suivez Sarah La Fraise

Pour de plus amples renseignements sur ses belles créations de gâteaux sur mesure visitez sa page Facebook.

Écrit par Elizabeth Landry

Elizabeth Landry est agente de bord et une vraie passionnée de voyage et des sports nautiques. Elle partage son temps entre Cabarete en République Dominicaine, le Québec et les airs. Elle dirige le blogue L’Hôtesse de l’air depuis 2010 et a écrit trois romans à succès du même nom. Sa boutique #FLYWITHME vous fera voyager à travers le monde !
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3 Comments

3 Commentaires

  1. Jean philippe

    Merci Sarah et Elizabeth pour ce témoignage très touchant!

    Réponse
  2. David

    Bravo Sarah,
    Dans la crise que nous traversons, de nombreux métiers sont directement impactés, d’ou la nécessité d’apprendre, de se former en permanence afin de pouvoir rebondir et exercer dans une nouvelle activité.

    Bon courage et bonne continuation.
    Cordialement.
    David

    Réponse
    • Elizabeth Landry

      Effectivement, toujours se surpasser. Merci pour ton commentaire et bonne chance à toi aussi:)

      Réponse

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