Souvenirs d’escale: Une coquerelle en cavale

Souvenirs d’escale: Une coquerelle en cavale

Je venais tout juste de mettre les pieds en Australie pour la première fois. Le soleil plombait déjà à 7 h du matin. Jʼétais reposée, ayant dormi quelques heures lors de notre pause mi-vol.

Arrivée à lʼhôtel, je ne pouvais pas croire la chance que jʼavais de vivre tout ça et, qui plus est, dʼêtre payée pour découvrir le bout du monde. Mon bonheur grandit dès que j’ouvris la porte de ma chambre. Il y avait un immense lit et un balcon qui donnait sur la ville qui se réveillait tout juste.

Sydney

Jʼouvris grand le rideau et laissai entrer lʼair chaud et réconfortant par la porte-patio. Les pilotes mʼavaient invité à me joindre à eux pour une randonnée. Jʼenfilai donc mes vêtements de sport et mes chaussures de course. Je décidai de laisser la porte ouverte pour que ma chambre soit bien aérée à mon retour. Erreur de débutante…

Avez-vous votre pantalon Bali?

Pour un look bohème chic!

Après une journée à admirer lʼocéan, la flore et les attraits touristiques de Sydney, les quatre pilotes et moi avons regagné la rive gauche à bord dʼun traversier. Puis, nous avons mangé dans un restaurant thaï qui était délicieux et nous avons bu plusieurs bières. Le coeur heureux, la peau dorée par le soleil et la tête remplit de beaux moments, je suis retournée à lʼhôtel.

Je vivais une telle gratitude envers mon emploi et cette escale à Sydney était la plus belle qui soit.

Dans le lobby de l’hôtel, on y vendait des sacs de popcorn et je me suis vite imaginée en train de regarder un bon film pour terminer en beauté la journée. Arrivée à ma chambre, jʼai couru sous la douche pour rincer lʼeau saline sur ma peau, j’enfilai mon pyjama et je me suis assurée que mon uniforme était bien pressé en vue du vol de retour.

Je me faufilai sous les draps et savourai mon délicieux popcorn. Lʼune des chaînes de télé venait tout juste de mettre en onde une reprise de Monster-in-Law, le classique film de filles de Jennifer Lopez. Tout était parfait!

Route en Australie

Soudainement, le rideau orange qui sʼétendait dʼun bout à lʼautre de la chambre, semblait bouger. Un peu de vent, me suis-je dit, ou les multiples bières de lʼaprès-midi qui brouillaient ma vision ? Peut-être devrais-je fermer la porte pour la nuit ?

Avant même que je ne puisse me lever, je remarquai une IMMENSE COQUERELLE qui descendait entre les plis du rideau. Je figeai net, mais après réflexion, c’était hors de question que je règle ce gros problème par moi-même ! J’appelai la réception.

«  Madame, il y a une énorme coquerelle dans ma chambre ! Je ne sais pas quoi faire, je suis dans la chambre 123 », dis-je paniquée.

Elle me répondit, sans lʼombre dʼun sentiment dʼurgence, que quelquʼun passerait dʼici peu.

Je me recroquevillai sous le lit et gardai les yeux rivés sur la bestiole pour mʼassurer quʼelle ne sʼapprocherait pas de moi. Les minutes passèrent, elle se déplaça un peu, mais resta accrochée au même bout de tissu. Mais où était passée cette personne qui devait me sauver ?

Je rappelai la réception, presque hystérique cette fois et on mʼassura que quelquʼun était en route vers ma chambre.

Trois coups à la porte se firent entendre. Je traversai les 3 mètres qui séparaient le lit de la porte, les yeux toujours fixés sur lʼennemi.

Un homme, pas plus haut quʼun enfant de 10 ans, me sourit et brandit une serviette au logo de lʼétablissement.

« Je suis Kai. Un problème madame ? » me dit-il avec un fort accent Thaï.

Je pointai lʼendroit où la coquerelle s’était relaxée ses dernières minutes, mais elle nʼy était plus ! Je fus traversée par un grand frisson et quasi je fondis en larmes.

Le petit homme thaïlandais souriait toujours et fit virevolter le rideau. Quelque chose tomba au sol et se mit à crouler. AHHHH !

À ma grande surprise, Kai plongea vers la bête qui me paraissait de plus en plus géante et lʼattrapa sous sa petite serviette.

« Good now ? », me demanda-t-il souriant.

« Yes. Yes… No more, right ? » mʼinquiétai-je.

« I donʼt know, maybe », dit-il avant de quitter ma chambre.

Le doute qu’une autre grosse coquerelle se trouvait toujours quelque part dans ma chambre ne m’aida pas à trouver sommeil.
Le vol de retour n’allait pas être de tout repos…

Souvenirs de nos escales: Une hôtesse de l’air prise aux urgences coréennes

Souvenirs de nos escales: Une hôtesse de l’air prise aux urgences coréennes

Ma première année en tant quʼhôtesse de lʼair a été mouvementée, cʼest le moins que lʼon puisse dire.

Jʼai visité des villes nouvelles, jʼai rencontré des centaines de personnes fantastiques, jʼai pleuré et jʼai ri cent fois plus! Au palmarès des anecdotes mémorables se trouve ma visite aux urgences coréennes.

Comment ai-je bien pu me retrouver toute seule dans un hôpital de la Corée du Sud, vous demandez-vous ?

Il faut d’abord comprendre que les horaires décalés, le manque de sommeil, la pauvre hydratation et les repas peu nutritifs peuvent affecter les équipages de cabine rapidement, surtout lors des premiers vols internationaux que lʼon nous assigne alors quʼon tente de trouver un certain équilibre.

Cette journée-là, jʼavais fait un vol Vancouver-Séoul épuisant et mon escale ne mʼavait pas permise de récupérer assez. Jʼétais tout de même prête à attaquer le vol de retour.

Jʼai quitté ma chambre pour me diriger vers lʼascenseur et rejoindre le reste de lʼéquipage au lobby. Les cheveux tirés en un chignon français, le foulard rouge parfaitement noué autour du cou, le veston bien pressé et ma valise à la main.

@photo Canva.Pro

Mon collègue qui logeait au même étage sʼapproche au même moment. Soudainement, mes jambes deviennent molles comme du beurre. Tout est flou. Je mʼécroule. Jʼentends mon collègue paniqué demander de lʼaide. Puis, je suis sur une civière, les lumières industrielles mʼaveuglent et jʼentends plusieurs personnes parler une langue étrangère. Je cherche une voix, un mot, un accent familier. Rien.

Je tente de poser des questions, de mʼexprimer, mais lʼon me pique une aiguille dans le bras. Je suis trop faible pour répliquer. Envoyée du ciel, une petite dame qui accompagnait sa mère pour un examen de routine sʼavance vers moi. Elle parle quelques mots d’anglais.

Je réussis à lui dire que je suis une hôtesse de lʼair canadienne qui nʼa quʼun vague souvenir des évènements qui lʼont mené à cet endroit. Elle discute brièvement avec les réceptionnistes, mʼinforme que je dois présenter une pièce dʼidentité et que la seule qui serait acceptée, compte tenu de ma citoyenneté, serait mon passeport.

À l’hôpital à Séoul

Je reprends tranquillement mes esprits et finis par convaincre lʼun des employés de me laisser utiliser le téléphone. Avec de grands gestes de mains, dʼaide de la charmante dame et quelques larmes, je réussis à parler à un représentant de notre compagnie dʼassurances. On mʼexplique quʼun physicien doit donner son accord pour que je puisse retourner à la maison et quʼil suffit que celui-ci signe un formulaire qui serait envoyé par fax.  Facile, non? Eh bien, pas du tout !

Jʼai passé 48 longues heures aux urgences. On mʼa fait subir trois fois le même rayon x, parce quʼon ne me comprenait pas quand jʼaffirmais aux techniciens que jʼavais déjà passé ces tests et que je tentais simplement de retrouver le chemin vers mon lit dʼhôpital.

On mʼa regardé, confus, quand je brandissais le fameux bout de papier à faire signer. On mʼa fait voir tous les spécialistes du centre de santé. La deuxième journée, en fin de soirée, un jeune médecin étudiant sʼest présenté à moi, EN ANGLAIS !

Jʼétais si soulagée que jʼai éclaté en sanglots. Il a apposé sa signature sur mon billet de sortie puis, jʼai obtenu mon congé. Jʼai remis mon uniforme, que lʼon mʼavait demandé de retirer pour enfiler un « superbe » pyjama au logo de lʼhôpital.

Jʼai voulu récupérer mon passeport à la réception en présentant mon formulaire de congé. On mʼa remis un autre bout de papier avec un montant de 5 000 USD dans le coin inférieur droit. Malaise…

Les gestes, le nom de ma compagnie aérienne et les implorations de me laisser utiliser le téléphone ont fini par mʼaccorder quelques minutes au bout du fil avec un représentant en assistance voyage qui ne parlait quʼanglais.

Jʼai passé le téléphone au réceptionniste. La discussion, ou plutôt lʼéchange de sons, semblait animée. Après plusieurs minutes qui mʼont paru éternelles, il me lança mon passeport à la figure et me chassa hors du bâtiment. Je ne saurai jamais exactement ce qui les a tant choqués, mais chose certaine, je les aurai marqué! Et eux aussi! 

Vous êtes agent de bord? Pilote? Vous avez le goût de partager vos souvenirs à bord ou en escale? Envoyez votre texte à info@lhotessedelair.com

Bon vol!